Les gays vont mal. C'est le constat alarmant que dressent le Dr Marc Shelly, médecin de santé publique à la clinique Fernand-widal, a Paris, et David Moreau, ingénieur de recherche à l'association de prévention Aremedia, dans une enquête dont ils viennent de révéler les résultats préliminaires. Celle-ci entièrement financée par Aremedia, a été menée entre 1998 et 2003 auprès d'un échantillon de 933 hommes âgés de 19à39ans. Le chiffre "effarant", "qui se situe dans la fourchette haute des estimations données par des études américaines" sur le sujet, selon le Dr Shelly. Effarant, mais pas nouveau: la même équipe scientifique avait déjà mis en avant cette tendance dans une étude publiée en 2003 dans la British Medical Journal. Autre constat préliminaire, le suicide est "transsocial": les jeunes qui se suicident ou tentent de la faire ne proviennent pas d'une classe sociale particulière ou d'un endroit spécifique. Les préjugés selon lequels il est plus facile d'être homo en ville qu'à la campagne et dans les classes aisées plutôt que dans les classes populaires se voient ainsi battus en brèche. Ce mal-être a des consequences sur la prévention du SIDA et des infections sexuellement transmissibles (IST) selon le Dr Shelly. "Cela ne sert a rien de se cantonnerà des messages type "Mettez des préservatifs", il faut prendre le problème en amont" martèle-t-il. La hausse des comportements à risque vis a vis du VIH et des IST, Marc Shelly l'explique par une baisse de vigilance: "C'est un shémas classique. Lorsqu'une personne traverse une crise ou a un objectif à atteindre, elle est motivée; lorsque ces objectifs ont été atteints-les gays ont obtenu des droits, les trithérapies sont arrivés- ou que la crise est passée, la motivation devient moindre." Ainsi, "la jeune génération semble désinvestie", note-t-il, et se prend de plein fouet " la sollitude, l'isolement, la dureté des rapports". Toutefois, précise le Dr Shelly, ce mal-être n'est pas l'apanage des adolescents gay: "La consommation d'antidepresseurs en France n'a jamais été aussi importante", observe-t-il. Marc Shelly pointe, en outre, le "manque de formation" chez le personnel social et medical prenant en charge les adolescents, en particulier chez les psychiatres, qui "ne sont pas prêts à entendre ces chiffres sur le suicide". Il préconise une meilleure formation du milieu médical sur le sujet. Il faudra encore attendre pour connaître les résultats définitifs et complets de l'enquête, notamment ceux concernants les lesbiennes, très differents de ceux de leurs homologues masculins. L'enquêtedevrait être soumise à une revue scientifique et, donc, à un comité d'expert pour être validée.
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